Joumana, réfugiée derrière les clichés

Joumana, réfugiée derrière les clichés

     

Joumana, syrienne de 33 ans, est mère d’une  fille de 6 ans et demi,  et d’un garçon de 8 ans et demi. Souriante, elle nous accueille chez elle et nous sert un café.

Réfugiée au Liban depuis 4 ans, elle a pris la décision de fuir la Syrie, accompagnée de ses deux enfants, 13 jours après le brutal décès de son mari, Ahmed. Arrachée à sa terre natale, obligée de quitter ses proches et sa maison, elle est arrivée fatiguée, déprimée, moralement abattue et choquée de la rapidité avec laquelle la situation a dégénéré en Syrie.

Elle en est arrivée au point de penser qu’elle et ses enfants ne désiraient plus vivre. Ces mots raisonnent, lourds et graves, loin de l’image de la femme avenante qui nous a ouvert la porte. Joumana détourne le visage, ses yeux s’emplissent de larmes. 

Peu après son arrivée elle a rencontré l’association Alpha, partenaire d’Asmae au Liban, qui lui a proposé de l’aide. « Je n’ai pas besoin d‘aide. J’ai seulement besoin que quelqu’un dise à mes enfants que papa est mort et qu’il ne reviendra plus. » fut sa seule réponse, à 2 ans ½ et 4 ans, on ne comprend pas la disparition violente d’un parent.

Ce sont ses enfants qu’elle a inscrit en priorité à l’association afin qu’ils bénéficient d’une aide et d’un accompagnement. Pour la première fois, elle rencontra une psychologue qui lui expliqua comment soutenir ses enfants et le comportement à adopter dans une telle situation. Des conseils qui l’ont énormément aidé avec ses enfants. Elle a pu commencer à comprendre et interpréter leur attitude parfois agressive, leur isolement,  leurs réactions d’enfant, perdus face à ces tragiques évènements.

 « A mon arrivée au Liban, j’avais peur de tout, j’étais constamment angoissée pour mes enfants.» La première année elle se reproche d’avoir refusé de scolariser son fils de crainte d’un incident dans la cour de l’école. Joumana est critique avec elle-même, elle reconnait avoir cédé à tout ce que demandaient ses enfants alors même qu’elle leur interdisait d’aller jouer dehors. 

Ce n’est que par la suite qu’elle a accepté l’aide de l’association pour elle-même. Grâce à sa participation à des groupes de paroles pour femmes elle a repris confiance en elle et en l’éducation qu’elle donne à ses enfants. « J’ai appris à dire non. »  Forte des conseils et du soutien de l’association Alpha, elle a développé une approche différente avec ses enfants, si ils ne veulent pas étudier, elle cherche à comprendre où est le problème afin qu’ils prennent eux-même prennent l’initiative d’apprendre, et comprennent les bénéfices que la scolarité peut leur apporter. 

5 mois plus tard, une représentante de l’association lui a proposé de devenir animatrice. Titulaire d’un baccalauréat et mariée à 18 ans, elle a reçu une formation complémentaire et participe aux réunions avec les parents réfugiés afin de les accompagner dans cette difficile étape. Leurs réapprendre à avoir foi en la vie, continuer, ne jamais s’arrêter, ne rien lâcher. Après avoir vécu cette situation, aujourd’hui c’est elle qui soutient les nouveaux arrivants et transmets ce qu’elle a reçu.

« J’étais moins que zéro, ALPHA a complétement changé ma vie. Aujourd’hui je suis beaucoup plus forte. » Nous dit-elle en pleur. Cette fois-ci ce sont des larmes de joie.